Je me disais que dans un monde où, imaginons, personne ne grandirait avec ses parents. L'État créerait des camps identiques où tous les enfants seraient éduqués exactement de la même manière (avec peut-être des adaptations pour les handicaps et autres spécificités). Où l'égalité et l'équité de départ seraient "parfaites".
La vie de la plupart des gens seraient probablement précaires...Parceque, personne ne peut nier le fait que nous ne naissons pas tous égaux d'un pont de vu biologique. Certains naissent avec des privilèges physiques et d'autres intellectuels, ou avec d'autres formes de caractéristiques qui leur permettent d'effectuer des tâches trop compliquées pour d'autres en fournissant moins d'efforts. Des gens qui ont une capacité de mémoire, de concentration, de raisonnement bien supérieure à la moyenne, naturellement. Des structures mentales qui leur permettent de faire ce qu'un humains lambda ne peut tout simplement pas faire.
Donc dans un monde comme celui-là, il est certain que les plus avantagés biologiquement domineront naturellement les autres et occuperont automatiquement les postes clés, detiendraient tous les leviers et capturaient toute la richesse comme on le voit aujourd'hui....mais légitimement, sans culpabiliser.
Comment on pourrait justifier la répartition des richesses dans un tel monde ? Aujourd'hui l'excuse ce sont les inégalités sociales de départ, mais dans un monde où il n'y en a pas ? Parce qu'on peut dire "oui mais on pourrait construire une société basée sur... plutôt que....", mais qui dit que ceux qui "domineront" voudront suivre le chemin de la redistribution ? Qu'est ce qui les obligerait moralement à redistribuer leur richesse ? Ou à accepter un modèle ou ils ne seraient pas mieux récompenser que les moins performants ?
Et qu'est ce qui rendrait légitime ceux qui gagnent le moins ou rien du tout de réclamer quoi que ce soit ?
Dans ce monde, on ne pourrait plus dire « j’ai eu moins de chance à la naissance ». On pourrait seulement dire : je suis biologiquement moins performant. Or, aucune société n’a jamais reconnu le droit à un transfert de richesse pour « infériorité biologique pure », sauf cas de handicap sévère. Pour des différences de QI, de mémoire ou de structure mentale, le discours dominant serait vite : "Ce n’est pas une maladie, c’est une réalité naturelle. Pourquoi les meilleurs devraient-ils payer pour les moins bons ?"
Ou "qu'est ce qui nous prouve que tu n'es pas juste un paresseux qui veut profiter du système ?"
D'ailleurs les personnes se sentant intellectuellement supérieures développent souvent un complexe de supériorité suivi d'un mépris pour les moins intelligents. C'est ce qu'on voit tous les jours aujourd'hui. Dans un monde comme celui là ta place dans la société reflèterait directement tes capacités (à tort ou à raison).
Les plus doués, qui détiendraient les leviers depuis le haut (machines, réseaux, chaînes logistiques, etc.), les loueraient cher : il n’y aurait pas de SMIC possible. Ils diraient «Soit tu utilises une part de mon levier pour effectuer ton travail plus efficacement pour un petit pourcentage, soit tu effectues ton travail par tes propres moyens, tu crée ton système, tu trouves tes clients, tu conçois tes outils toi-même. Bonne chance.» Et ce en toute légitimité.